Six heures de sentier côtier sans une route ni une maison, entre le Prêcheur et Grand-Rivière: la traversée mythique du nord, et la logistique pour en revenir.

Il existe un endroit en Martinique où la route s'arrête, des deux côtés. Au nord du Prêcheur, l'asphalte meurt à l'Anse Couleuvre; au nord de Basse-Pointe, il meurt à Grand-Rivière. Entre les deux, dix-huit kilomètres de côte sans une habitation, des forêts qui tombent dans la mer, des rivières à passer à gué et des plages de sable noir où les traces de pas sont rares. C'est la randonnée mythique de l'île, celle qui se raconte au retour. Elle se mérite, et elle se prépare.
Le départ classique se fait à l'Anse Couleuvre, au bout de la route du Prêcheur. Le sentier s'élève aussitôt dans une forêt dense, passe au-dessus de l'Anse des Galets, puis enchaîne les montées et descentes au rythme des ravines. On y traverse plusieurs rivières à gué, on longe des anses de sable noir accessibles uniquement à pied ou en bateau, et on marche des heures avec la mer des Caraïbes en contrebas et la masse verte de la montagne Pelée au-dessus de l'épaule droite.
L'arrivée à Grand-Rivière a quelque chose d'irréel: après six heures de nature intacte, un village de pêcheurs surgit entre falaise et océan, avec ses yoles colorées tirées sur la cale et, si vous avez bien organisé votre journée, une table qui vous attend.

Grand-Rivière, extrême nord
Voir la météoLa traversée est linéaire: sans organisation, vous voilà à six heures de marche de votre voiture. Trois solutions éprouvées. Le bateau depuis Grand-Rivière vers le Prêcheur, sur réservation auprès des pêcheurs du village, reste la formule la plus belle: on refait le parcours en mer en vingt minutes et on mesure ce qu'on vient d'accomplir. La navette routière à deux voitures, une déposée à chaque extrémité, demande de l'organisation et un long trajet par le sud. La formule aller-retour partiel, enfin: marcher deux heures depuis l'Anse Couleuvre vers les anses désertes puis revenir, la meilleure option si le bateau n'est pas disponible.
Réservez le bateau AVANT de partir, pas depuis le sentier: le réseau mobile disparaît dès la première ravine.

Ce n'est pas une promenade: le cumul de dénivelé fatigue, les gués exigent de l'attention et la chaleur humide use. Mais aucun passage n'est technique par temps sec, et le sentier est correctement tracé. La règle absolue concerne la pluie: après un gros épisode, les rivières deviennent infranchissables et le sentier dangereux. Consultez la météo du Prêcheur et celle de Grand-Rivière la veille et le matin même, et renoncez sans état d'âme si le nord est en vigilance.
En chemin, les anses de sable noir invitent à la pause plutôt qu'à la baignade prolongée: la côte est belle mais peu surveillée, et certaines anses prennent la houle. L'état de la mer du jour se vérifie sur la page de la plage de Grand-Rivière.
Pas six heures devant vous ? Depuis l'Anse Couleuvre, marchez simplement jusqu'à l'Anse des Galets et revenez: deux heures trente aller-retour, un condensé de la traversée avec la forêt, les vues plongeantes et une anse déserte au bout. C'est aussi le meilleur test avant de tenter l'intégrale une autre fois.
Environ six heures de marche effective pour dix-huit kilomètres, hors pauses. Prévoyez la journée complète avec le retour en bateau.
Le plus simple est le bateau des pêcheurs de Grand-Rivière vers le Prêcheur, à réserver impérativement avant le départ. Sinon, système à deux voitures ou aller-retour partiel depuis l'Anse Couleuvre.
Pas par temps sec pour un marcheur entraîné. Elle le devient après de fortes pluies: gués en crue, sentier glissant, aucune échappatoire. On ne part jamais si le nord a pris un gros épisode pluvieux.
La traversée complète, non. La version courte vers l'Anse des Galets, oui avec des enfants marcheurs à partir de 8 ou 10 ans, en surveillant les passages en balcon.
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